"Innocence", qui a fait entrer pour la première fois l'animation nipponne dans la compétition officielle cannoise au printemps dernier, marque le retour à l'animation d'Oshii, après l'innovant "Avalon" (2001), long métrage tourné avec des acteurs de chair et de sang, mais entièrement retravaillé numériquement.
Une hybridation formelle en adéquation avec les préoccupations du réalisateur, qui a développé en quelques films un univers et un style uniques, où le questionnement existentiel (violence, pouvoir et information, technologie, spiritualité et déshumanisation...) côtoie la recherche esthétique.
Inspiré, comme le premier volet (qui influença de nombreux cinéastes, dont les auteurs de Matrix), du manga de Shirow Masamune, "Innocence" se situe en 2032, soit trois ans après la "disparition" volontaire du major Motoko Kusanagi, héroïne de "Ghost in the Shell", dans le cyberespace.
Dans un monde où "la mince frontière qui séparait l'homme et la machine s'est abolie", son ancien coéquipier, le cyborg Batou, doit enquêter sur une mystérieuse anomalie qui frappe une série de robots féminins conçus à des fins sexuelles: certaines de ces "gynoïdes" se sont mises à tuer leur propriétaire, avant de s'auto-détruire.
Accompagné de son nouveau coéquipier, le jeune Togusa, Batou, âme solitaire et mélancolique dont le basset est le seul compagnon, va se lancer dans une ténébreuse quête ou la perversité des maîtres du monde virtuel n'a rien à envier aux méthodes "traditionnelles" des yakusa.
Intelligence artificielle, rapport au corps, conscience de sa propre existence, esprit et âme: "Innocence" explore avec poésie les différentes conceptions de la vie et les enjeux que soulèvent l'apparation d'un nouveau genre de réalité.
Convoquant le maître de la littérature cybernétique Isaac Asimov (dont il reprend les fameuses "lois de la robotique" pour en illustrer les paradoxes), mais aussi Descartes, Milton ou encore l'artiste surréaliste Hans Bellmer et sa célèbre "Poupée" (à qui la "gynoïde" rend un hommage appuyé), Mamoru Oshii s'avère un habile maître de marionnettes qui utilise l'intrigue policière pour distiller sa vision d'un monde désenchantée où l'homme se perd en voulant modeler la technologie à son image.
Fidèle à sa réputation, Oshii livre un film à la fois d'une grande beauté plastique et complexe, dans les méandres duquel le spectateur est susceptible de se perdre, mais dont les digressions mêmes fascinent.
Coproduit par les prestigieux studios Production I.G. ("Ghost in the Shell", "Jin-Roh"...) et Ghibli (berceau des créations des maître de l'animation Miyasazi et Takahata), "Innocence", qui associe avec brio techniques d'animation en 2D (personnages, dessinés par Hiroyuki Okiura, réalisateur de "Jin-Roh") et en 3D (décors), a nécessité quatre années de travail. Le film est en compétition pour les nominations aux Oscars.
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